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TÉMOIGNAGE
 
 

Alain St-Cyr & Linda Légaré

St-Cyr Alain & Linda Légaré

Le 21 mars 1991

M. Yves Desilets
Affaires Indiennes et du Nord Canada
320, est St-Joseph
C.P. 3725, Succ. St-Roche
Québec, Qc
G1K 7Y2

Cher Monsieur Desilets,

Évidemment, lorsqu'on s'adresse à des gens du gouvernement, on ne sait jamais si le message se rendra bien à la personne désirée. Dans notre cas, nous n'avons vraiment plus d'autres choix que de nous adresser directement à vous en espérant que cette lettre (ou plutôt cette supplication) vous parviendra. Si elle devait être filtrée dans votre courrier par une secrétaire ou toute autre personne, je souhaite que celle-ci ouvre bien grand son coeur et qu'elle vous transmette bien notre demande.

Vous êtes vraiment notre seul espoir. Nous sommes conscients que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation mais notre cas est particulier. Nous ne savons plus à qui nous adresser, nous ne savons plus quelles autres démarches faudrait-il entreprendre, nous ne savons plus qui croire dans toute cette affaire. Tout ce que nous savons, c'est que nous n'avons plus aucune ressource, et cela à tous les niveaux.

Je vous demande de faire un peu d'empathie. Juste le temps de saisir le désespoir qui nous habite et le sentiment de victimes que nous éprouvons.

D'abord, laissez-moi vous raconter notre incroyable aventure à Oka. Vous allez comprendre également pourquoi je m'adresse à vous plus spécifiquement.

En septembre 89, je vous ai parlé personnellement au téléphone. Je vous exposais alors mes projets. Nous avions fait une offre d'achat sur une maison ou plutôt un domaine de 24 arpents à Oka, plus précisément au 101 du Milieu, Kanasatake. Nos projets étaient de grande envergure: agriculture biologique, tables champêtres, centre équestre écologique, camps d'été, etc... Je vous demandais alors conseil.

J'avais entendu des gens du village me signifiant que nous étions courageux de faire l'achat de cette maison dans le contexte actuel. Qui était à ce moment-là (et qui est toujours d'ailleurs), le projet de réunification des terres amérindiennes. Dans mon inquiétude, j'ai donc appelé le signataire d'une lettre concernant ce projet que m'avait transmise une voisine Mme Marcelle Normandeau. Cette personne, c'était vous.

Pour élucider toute l'affaire et pour nous sécuriser, je vous ai téléphoné, et je vous ai demandé, presque mots pour mots: "Si j'étais votre fille, considérant que j'ai 30 ans, que j'ai plein de beaux rêves à réaliser, que je dois vendre mon commerce à St-Eustache, que mon mari doit changer le siège social de sa compagnie, et tout ce que cela implique, que mes deux petites filles doivent changer d'école, que nous voulons nous installer défénitivement à Oka, etc..., etc..., que me conseilleriez-vous??? Et vous m'avez répondu, que le projet existait depuis plus de 25 ans et qu'on en était encore très loin d'une entente. Que nous pouvions donc nous installer en toute quiétude.

Pour confirmer davantage vos dires, j'ai aussi consulté Me Dumesnil, le négociateur de la municipalité de la paroisse d'Oka. Et celui-ci, de me répondre également, qu'il n'y avait aucun dénouement à prévoir dans ce projet et que nous pouvions nous installer à Oka sans problème.

Puisque j'avais deux réponses affirmatives et cela de bonnes sources (!?), j'ai donc fait confiance. Nous avons acheté la propriété au 101 du Milieu, le 15 décembre 89. Et c'est à ce moment-là qu'un imprévisible cauchemar commença.

Dès l'hiver 90, les jeunes amis de nos filles nous racontèrent qu'il y avait, cachés dans le Mont Bleu, des Mohawks armés jusqu'aux dents, qui semaient la peur même dans la population autochtone. Nous étions terrorisés et nous ne laissions jamais nos filles sortir librement, sans surveillance. De plus, nous recevions continuellement toutes sortes d'informations, d'inquiétudes et de peurs d'être expropriés. Ce n'est pas très stimulant lorsqu'on a tellement de beaux projets.

Tout l'hiver, nous avions planifiés nos projets d'agriculture biologique. Nous avons même suivi des cours en jardinage écologique. Nous avons fait venir des agronomes, des conseillers, des investisseurs potentiels, etc... Moi, je n'avais plus aucun source de revenu et mon mari devait continuer son travail en aménagement paysager parallèlement à l'exécution de tous nos projets. Nous étions prêts à beaucoup de travail et d'efforts mais c'était comme si nous nagions toujours à contre-courant. Kanasatake fait peur à tout le monde. Et comme pour tuer le peu d'espoir qu'il nous restait, il y eu ce fameux 12 juillet. Mon mari pris de panique, me pria de quitter les lieux avec les enfants. Et depuis cette date, je n'ai plus jamais habité dans ma belle maison de rêve. Tou s'est écroulé.

Mes petites filles et moi avons couché par terre une partie de l'été. Je me suis décidé de louer un petit appartement à St-Eustache pour assurer la rentrée scolaire des enfants et j'essaie tant bien que mal de me repartir une petite entreprise.

Le désespoir et tous ces évènements ont troublé l'harmonie dans notre couple, ce qui nous a amené au divorce. Mon mari a perdu tout espoir. Il n'a plus les fonds nécessaires pour assumer l'hypothèque ainsi que tout les frais d'entretien que requiert cet immense éléphant blanc.

Il a fait une demande d'emprunt sur l'hypothèque à la Caisse Populaire d'Oka, ce qui a été refusé. J'ai fait également une demande d'emprunt à la Banque Royale, où je suis cliente depuis 15 ans, ce qui a été refusé aussi. Nous n'avons plus un sou. Nous avons mis tous nos avoirs, soit 113,000 dollars en argent à l'achat de cette propriété. Il est illogique, injuste et immorale que nous perdions TOUT, juste parce qu'un jour nous avons décidé d'aller vivre à Oka.

Notre propriété est à vendre depuis cet été. Mais aucun visiteur n'est intéressé à s'installer dans Kanasatake. Comprenez qu'aucun acheteur privé ne peut investir au 101 du Milieu, entouré d'autochtones. Seul le gouvernement peut acheter cette propriété. S'il vous plaît, sortez-nous de ce cauchemar. Notre situation est particulière à cause de notre position géographique. Vous seul avez le pouvoir de nous libérer. Je fais ici appel à vous en tant que représentant du gouvernement.

Nous ne pensons pas pouvoir payer l'hypothèque au mois d'avril. Serons-nous obligé de tout perdre; l'espoir de jeunes entrepreneurs, l'amour dans le couple et tout notre investissement. C'est impossible!!!

Je sais que l'aide ne peut venir que de vous. Nous n'avons plus aucune autre ressource. Toutes les démarches de l'A.P.I.K. sont beaucoup trop longues. Nous ne pourrons survivre plus longtemps.

S.V.P. rendez-nous espoir!

J'attends de vos nouvelles. Je suis certaine que vous ne pouvez rester insensible à ma prière.

Je vous remercie d'avance pour le geste humanitaire que vous poserez à notre égard.

Alain St-Cyr
Linda Légaré
 

 
 
 
 
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