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DOCUMENT DE RÉFÉRENCE DE L'APIK

7 MAI 1993
 

 
 

MÉMOIRE PRÉSENTÉ À LA
COMMISSION ROYALE SUR
LES PEUPLES AUTOCHTONES

APIK

Kanesatake le 7 mai 1993.

Messieurs les Présidents
Mesdames et Messieurs de la
Commission Royale sur les peuples Autochtones.

En premier lieu, permettez-moi de vous remercier pour votre invitation à participer à la troisième série d'audiences publiques de la Commission Royale.

Afin de respecter la période de temps qui nous est allouée et aussi afin que notre présentation respecte l'objectif principal demandé c.à.d. la réconciliation et le partenariat entre les autochtones et les non-autochtones nous allons nous concentrer principalement sur le chapitre IV de notre dossier et nous nous servirons des documents inclus dans ce chapitre pour supporter nos avancés.

Nous sommes conscients de la valeur de notre témoignage puisque nous sommes un des rarissimes groupes ayant des membres autochtones et non-autochtones qui vivent à l'intérieur même d'un établissement autochtone, le secteur de Kanesatake, qui ont subi le conflit de l'été 1990 et qui continuent d'en subir les conséquences.

Pour la quasi totalité de nos membres qui ignoraient le projet d'unification des terres indiennes de Kanesatake, la réception d'une lettre, en septembre 1989, de Travaux Publics Canada qui annoncait que leurs propriétés seraient peut-être considérées pour la réalisation de ce projet avait plutôt l'allure d'une bourde d'un mauvais plaisantin mais pour plusieurs ce fut le début d'un cauchemar.

Cette maladresse gouvernementale a cependant permis un premier regroupement des propriétaires de Kanesatake qui ont exprimé leurs positions clairement le 6 mars 1990 (4.10.1.1) au négociateur fédéral responsable de l'unification des terres de Kanesatake à savoir:

- Nous ne sommes aucunement intéressés à vendre ou à négocier quoi que ce soit concernant nos terres et nos propriétés.

- De plus, nous tenons à ce que la cohabitation harmonieuse qui existe présentement, puisse se poursuivre dans le futur.

Et oui effectivement quatre mois avant la crise de l'été 1990 les propriétaires ne voulaient pas vendre et ceux-ci vivaient en harmonie avec leurs voisins et désiraient que cela se continue dans le futur.

En décembre 1990 c.a.d. 3 mois après la crise de l'été 1990 un sondage de l'APIK (4.12.1.1) démontre que 75% des propriétaires résidants permanents veulent quitter Kanesatake et en mai 1991 donc 8 mois après la crise le sondage de la Paroisse d'Oka (4.12.2.1) indique que ce pourcentage de propriétaires qui veulent vendre est monté à 85%.

Est-ce que la crise de l'été 1990 est à elle seule responsable de ce changement radical d'attitude des propriétaires de Kanesatake? Non.

Est-ce qu'il y a eu un changement radical dans la cohabitation harmonieuse? Non. À quelques exceptions près les deux collectivités de la communauté vivent en harmonie entre elles. Mais cela n'empêche pas d'observer l'effritement du tissu social de Kanesatake (4.12.6.1).

Dès la levée des barricades, en septembre 1990, nos gouvernements se sont vantés d'avoir bien gérer la crise mais pour les résidants de Kanesatake la crise est toujours bien présente dans le vécu au quotidien.

La crise d'Oka demeurera une tache indélébile pour nos gouvernements non seulement pour la façon qu'ils ont géré la crise mais surtout pour l'absence de soutient aux populations sinistrées pour lesquelles nos gouvernements ont complètement abdiqué devant toutes leurs responsabilités.

À l'analyse et avec le recul du temps on peut déduire que le gouvernement fédéral aurait voulu planifier, organiser et financer la crise d'Oka qu'il n'aurait pas fait autrement. Le moins que l'on puisse dire c'est que nos gouvernements supérieurs n'ont rien fait de sérieux pour désamorcer la crise. Cet aspect est élaboré dans le chapitre V qui titre le Leadership à Kanesatake.

Évidemment le gouvernement fédéral peut faire n'importe quelle erreur, comme il l'a fait dans le cas de la déportation des Inuits dans le Grand Nord, et il n'aura qu'à prétendre qu'il était de bonne foi pour s'en laver les mains.

De quel partenariat parlons-nous? De celui qui fonctionne assez bien entre les deux collectivités ou celui que le gouvernement fédéral s'évertue à manipuler pour en faire un dialogue de sourds.

Pour des personnes qui seront directement affectées par l'issue des négociations actuelles jamais au grand jamais on nous a demandé de participer à quelques discussions que ce soit sauf après grande insistance où le gouvernement a daigné nous expliquer un communiqué de presse déjà publié.

Depuis septembre 1989 le gouvernement fédéral qui avait notre sort entre ses mains nous a traités comme des enfants mineurs dans une famille dont les parents se séparent; en temps et lieu on vous informera de nos intentions et entre-temps débrouillez-vous tous seuls.

Malgré que notre association ait multiplié les suggestions pour tenter de régler les problèmes qui minent la région de Kanesatake le gouvernement fédéral a plutôt opté pour des situations conflictuelles.

Les gouvernements ne semblent pas vouloir régler la situation à Oka mais demandent à tout le monde d'être de bonne foi alors qu'eux-mêmes n'agissent que par opportunisme politique.

Nous croyons fermement que l'autosuffisance des peuples autochtones passe nécessairement par le développement économique. Le chapitre VII de notre dossier traite de ce volet et démontre que dans les faits le gouvernement fédéral n'accorde aucune importance au développement économique des peuples autochtones.

Votre Commission nous a demandé des solutions originales. En terminant j'aimerais en proposer une à nos gouvernements qui n'a rien d'original mais qui est plutôt simple: que l'on se parle. Depuis près de quatre ans on a pas encore réussi à le faire. Que les gouvernements abandonnent leurs dialogues intentionnés et se mettent à l'écoute des citoyens.

On croit à tort qu'il y a un problème de partenariat entre autochtones et non-autochtones à Kanesatake.

C'est plutôt à la base un complexe problème de conflits de juridiction provenant de quatre niveaux d'autorité dont certains pouvoirs, qui se chevauchent, engendrent confusions et frustrations qui ne finissent jamais par se régler au grand dam des citoyens.

Les gouvernements Fédéral, Provincial, Municipal et le Conseil de Bande cherchent inévitablement à protéger leur juridiction sur le territoire et les frictions engendrées par ces conflits empoisonnent la vie au quotidien.

Certains conflits aboutissent nécessairement devant des impasses et les médias sont mis à contribution afin d'obtenir des pressions populaires. Dans certains cas c'est l'unique façon d'obtenir l'attention nécessaire pour contrer l'indifférence des dirigeants gouvernementaux.

La crise de l'été 1990 a donné une nouvelle dimension à des problèmes qui existaient mais qui étaient peu connus du public.

Vu de l'extérieur notre région devient donc bien malgré elle et de façon non justifiée une zone à risque avec tout ce que cela implique. Les problèmes d'obtenir de l'assurance sur nos propriétés et par ricochet d'obtenir des prêts hypothécaires raisonnables ne sont que quelques-unes des difficultés qui caractérisent notre région. Les gouvernements n'ont rien fait pour nous maintenir des droits aussi fondamentaux que ceux-là dans une société moderne.

Ces difficultés affectent les deux collectivités dans la communauté et handicapent sérieusement la qualité de vie dans la région.

Les deux collectivités ont comprises depuis toujours que chacune avait besoin de l'autre pour s'épanouir et aspirer au mieux être et au bienfait que la technologie moderne apporte tout comme cette dernière pourrait bénéficier du traditionalisme des premiers habitants du pays.

Votre Commission peut certainement faire comprendre à nos dirigeants politiques qu'ils auraient beaucoup à gagner s'ils daignaient venir dialoguer avec nous. Veuillez croire, Messieurs les Présidents, en l'expression de mes sentiments distingués.

Le Président

Jean Jolicoeur

 

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